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Partout en Afrique, le Covid-19 fait encore des millions de victimes. Certains pays du continent subissent leur 3e ou 4e vague. Au 10 avril 2021, on dénombrait 4 159 055 infections, 111 357 décès, 3 726 707 guérisons, 39 259 460 tests effectués. Malgré le démarrage des programmes de vaccination dans plusieurs pays, l’année 2021 sera probablement une année de faible reprise économique dans l’ensemble du continent africain. En moyenne, l’activité économique en Afrique devrait se contracter de 3% en 2020 et se rétablir légèrement pour atteindre 3.1% en 2021. Cela représente une baisse du revenu réel par habitant de 5,3 %, ramenant les revenus par habitant au niveau de 2013, le pire résultat jamais enregistré. Ce ralentissement est imputable aux deux économies les plus importantes du continent, à savoir le Nigeria et l’Afrique du Sud, qui devraient se contracter de 4.3% et 8.0%, respectivement. La chute des prix du pétrole a durement touché les exportateurs pétroliers d’Afrique subsaharienne, en particulier l’Angola et le Nigeria. D’autres exportateurs de matières premières et des économies dépendantes du tourisme subissent également de fortes contractions. Par ailleurs, les économies du continent étant en grande partie informelles, les systèmes financiers relativement superficiels et les réserves budgétaires plutôt maigres, les gouvernements africains disposent d’un nombre limité d’outils nécessaires pour contrer les divers impacts socioéconomiques de la pandémie.

La crise pandémique provoque une inversion des acquis en matière de développement humain et de réduction de la pauvreté en Afrique subsaharienne, où l’on prévoit le basculement de 26 à 40 millions de personnes supplémentaires dans l’extrême pauvreté (Banque mondiale, 2020). Les effets à long terme du Covid-19 sur l’augmentation de la mortalité infantile, la mortalité indirecte, et les ralentissements économiques d’ici à 2030 et 2050 pourraient bien dépasser l’ampleur du choc initial (PNUD, 2021).1 Les pays dans lesquels les capacités gouvernementales sont déficitaires et les investissements de l’État dans le système de santé étaient déjà faibles avant l’émergence du Covid-19 subiront la majeure partie des séquelles sociales, économiques et financières persistantes résultant de la pandémie.

La pandémie de Covid-19 a non seulement mis en évidence certains obstacles au développement sur le continent (faiblesse du système de santé, absence de protection sociale, vulnérabilités dans les secteurs informels, etc.), mais a également permis de révéler les possibilités d’y faire face grâce à des innovations dans des secteurs émergents (numérique) ou de nouvelles dynamiques dans d’autres secteurs (gouvernance). La nécessité de procéder à des réformes nationales transformatrices pour promouvoir la résilience (notamment la mobilisation des revenus, la numérisation et la promotion d’une transparence accrue et d’une gouvernance plus efficace) est plus urgente que jamais.

Les effets combinés du ralentissement économique mondial, de la forte baisse des prix des matières premières, des perturbations de l’activité économique nationale et des coûts des mesures visant à prévenir ou à contenir les flambées épidémiques de Covid-19 ont infligé un choc extrême à tous les pays du continent africain.

Le sous-développement des systèmes financiers et la faiblesse des niveaux d’inclusion financière en Afrique conduisent à un écart entre l’épargne et l’investissement. Les besoins en matière d’investissement en Afrique sont immenses ; les estimations vont de 93 milliards de dollars US à 130–170 milliards de dollars US par an. On estime à 9 % du PIB régional les dépenses annuelles supplémentaires nécessaires à la réalisation des ODD infrastructurels de l’Afrique subsaharienne (ASS) d’ici 2030. Pendant des décennies, l’Afrique s’est appuyée sur des financements extérieurs pour accélérer son développement. Si les emprunts africains ont soutenu la croissance, ils ont également accentué les vulnérabilités liées à la dette du continent, augmenté les risques de surendettement et entraîné une détérioration majeure des finances publiques. La vague d’endettement de l’Afrique pourrait enfin se briser sous l’effet du Covid-19.

La crise exerce une pression considérable sur les finances de l’Afrique, déjà mises à rude épreuve dans de nombreux pays. Les gouvernements subissent des pressions nouvelles et inattendues en matière de dépenses liées à la lutte contre le Covid-19, notamment les coûts de santé et les efforts de relance économique. Dans l’ensemble de l’Afrique subsaharienne, les recettes publiques devraient diminuer de 10 à 15 % en 2020, le rapport moyen entre les revenus et le PIB diminuant de 2,6 points de pourcentage par rapport aux niveaux de 2019. Les revenus des exportateurs de pétrole et des pays tributaires du tourisme devraient être particulièrement affectés. Le déficit budgétaire moyen de l’Afrique subsaharienne devrait se creuser pour atteindre 7,6 % du PIB, soit presque le double de la moyenne de 2019 (4,4 %). Compte tenu des inversions de croissance du PIB prévues, le niveau d’endettement moyen de la région devrait atteindre 64,8 % du PIB en 2020 (PNUD, 2020).

L’accès au financement dans un contexte de ralentissement économique constituera un défi de taille pour la plupart des pays africains. Le durcissement des conditions de financement partout dans le monde entre les mois de février et de mai 2020 a entraîné des sorties de capitaux des pays du continent de près de 5 milliards de dollars US, et on s’attend par ailleurs à ce que les envois de fonds diminuent de près de 20 %. Les banques centrales africaines ont réagi en assouplissant leur politique monétaire, dans de nombreux cas de manière significative ; la Banque centrale sud-africaine a réduit son indice de référence des taux d’intérêt de 275 points de base, la Banque centrale du Nigeria a injecté un volume de liquidités équivalent à 2,4 % du PIB dans le système bancaire, et la Banque du Ghana a accepté de financer le déficit budgétaire de l’administration centrale. Les taux de change se sont dépréciés ou ont été ajustés à la baisse dans la plupart des pays, ce qui aura notamment pour effet d’augmenter le coût du service des dettes extérieures libellées en devises étrangères(PNUD 2020).2

Cette situation montre la nécessité pour les pays africains de revoir le modèle de financement de leur développement. En effet, c’est tout l’écosystème de financement des économies du continent qui doit être repensé. La corruption du système judiciaire qui décourage le financement du secteur privé par le secteur bancaire, l’absence de garanties pour les entrepreneurs ruraux et les MPME, la fragilité des droits de propriété, notamment foncière, le manque de structuration des capacités de gestion des entrepreneurs du secteur informel, sont autant d’obstacles au financement du développement de l’Afrique, un enjeu qui invite à repenser le modèle de financement que nous voulons appliquer à l’Afrique. N’est-il pas temps de développer des modèles de financement et d’investissement adaptés aux réalités socioéconomiques du continent, compte tenu du niveau des compétences financières, du haut degré d’informalité et des mécanismes endogènes de collecte de l’épargne en Afrique?

Malgré d’importantes réformes fiscales, la mobilisation des recettes fiscales par les pouvoirs publics est limitée par des facteurs structurels tels qu’un faible revenu par habitant, un vaste secteur informel, une agriculture paysanne conséquente, et un secteur manufacturier et des services de pointe de très petite taille, ce qui se traduit par des bases d’imposition effectives très faibles, nonobstant les perspectives de croissance. Le ratio moyen des recettes par rapport au PIB a été d’environ 23 % en Afrique, entre 2008 et 2016, contre 40 % dans l’Union européenne en 2016. Le système fiscal de nombreux pays africains est caractérisé par une assiette imposable étroite axée principalement sur l’impôt professionnel3 La forte dépendance à la taxation des échanges indique une capacité fiscale relativement faible, ce qui peut aussi correspondre à une certaine réticence de l’élite politique liée au pouvoir économique à investir dans la capacité de recouvrement des recettes.

Les pertes de recettes intérieures représentent une ponction importante sur la mobilisation des ressources nationales pour de nombreux pays africains en raison du manque de coordination entre les objectifs de promotion des investissements et les besoins de mobilisation des ressources, d’incitations fiscales excessives et d’importantes fuites de capitaux par le biais de flux financiers illicites (Commission économique pour l’Afrique, 2016).

Le rôle des banques centrales pour débloquer les ressources inutilisées et les canaliser vers des investissements productifs reste essentiel. Actuellement, plus de 1 billion de dollars US de réserves excédentaires n’ont pas été mis à contribution de manière efficace pour financer le développement de l’Afrique. Les marchés boursiers du continent pourraient également être étoffés en vue de susciter de nouvelles occasions d’investissement. La mise en place d’un fonds souverain dans les pays d’Afrique (15 ont déjà été créés) et la mobilisation des fonds de pension africains4 pourraient débloquer une source nationale croissante de capitaux pour le capital-investissement et l’investissement dans les entreprises locales, les projets d’infrastructure et les services qui sont cruellement nécessaires pour la transformation et la croissance continues de l’Afrique. Le secteur des assurances offre également un potentiel similaire dans le financement du développement du continent. D’autres possibilités se présenteront grâce à une gestion et une utilisation plus efficaces des industries extractives. Les stocks avérés de ressources énergétiques extractibles en Afrique (pétrole, gaz naturel, charbon et uranium) valent entre 13 et 14,5 billions de dollars US. On estime également à 1,7 billion de dollars US la valeur des richesses naturelles et des potentiels de production supplémentaire dans 6 secteurs clés : l’agriculture, l’eau, la pêche, la sylviculture, le tourisme et le capital humain (Africa Investor, 2010).

 

  1. Unravelling the immediate and long-term effects of the COVID-19 pandemic on socio economic development in Sub-Saharan Africa [Décryptage des effets immédiats et à long terme de la pandémie de Covid-19 sur le développement socio-économique en Afrique sub-saharienne], PNUD, 2021
  2. COVID-19 and External Debt in Africa [Covid-19 et la dette extérieure en Afrique], PNUD, BRA, 2020.
  3. En moyenne, la fiscalité commerciale a atteint 44 % des recettes fiscales totales (hors subventions) en Afrique, entre 2008 et 2016 ; tandis que la fiscalité directe et indirecte a atteint 28,3 % et 22,9 %, respectivement, au cours de la même période (Mobilizing Domestic Resource in Africa for Inclusive Growth [Mobilisation des ressources locales en Afrique pour une croissance inclusive], BAD, 2020)