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Contexte

Apparu pour la première fois à Wuhan, en Chine, en décembre 2019, le Covid-19 s’est depuis propagé dans le monde entier. Au 12 juin 2020, 7 420 520 cas de Covid-19 confirmés en laboratoire, dont 418 294 décès, avaient été enregistrés dans le monde, ce qui témoigne non seulement de la vitesse alarmante de propagation de la maladie, mais aussi de sa gravité. En Afrique, la situation est moins alarmante, avec 3 700 décès pour 155 762 cas confirmés dans 52 pays, toujours au 12 juin 2020[1]. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré la maladie à coronavirus pandémie mondiale le 11 mars 2020[2]. En raison de sa large propagation géographique, la pandémie devrait avoir des effets dévastateurs sur l’économie mondiale, comme l’atteste la projection d’avril 2020 du Fonds monétaire international, selon laquelle l’économie mondiale se contracterait de 3 %, tandis que l’économie de l’Afrique subsaharienne devrait se contracter de 1,6 % en 2020[3]. En outre, selon les projections de la CEA, l’activité économique de l’Afrique devrait, dans le pire des cas, se contracter de 2,6 %, entraînant des effets négatifs sur l’emploi, et quatre entreprises sur cinq en Afrique seraient fortement touchées par les effets de la pandémie de Covid-19[4]. La Banque africaine de développement, pour sa part, prévoit une contraction économique de 3,4 % pour le continent[5].

Les pays africains ont réagi plus tard que d’autres pays dans le monde puisque le continent a été touché bien après les autres régions de la planète. Ils ont décrété des mesures destinées à freiner la propagation du virus, notamment par la fermeture des écoles, la restriction des voyages intérieurs et internationaux, la promotion des gestes barrières et l’hygiène des mains, et l’imposition de couvre-feux et de confinement[6]. Ces mesures ont affecté les économies africaines et perturbé le trafic aérien, le tourisme, le commerce et les chaînes d’approvisionnement mondiales.

En conséquence, les mesures de confinement ont eu des effets négatifs sur les moyens de subsistance et entraîné la baisse des recettes publiques et de la croissance économique. Les travailleurs des secteurs informels ont également vu leurs revenus diminuer considérablement, ce qui a eu pour effet d’accroître la pauvreté et de creuser les inégalités. En outre, les perturbations commerciales ont limité la possibilité des pouvoirs publics de se fournir en équipements de protection individuelle et en matériel médical tels que les kits de test, entravant ainsi les efforts pour suivre et enrayer la propagation du virus, protéger les intervenants de première ligne et le grand public et consolider les mesures de confinement. La pandémie a également mis en évidence des lacunes dans les pays africains, comme le nombre très limité de respirateurs et des institutions de soins de santé fragiles. En outre, la baisse des recettes d’exportation et la nécessité d’acquérir immédiatement des fournitures médicales en recourant aux emprunts ont accru la vulnérabilité des pays africains au surendettement.

La pandémie a également entraîné une crise dans le système éducatif déjà fragile du continent. Les fermetures d’écoles pendant de longues périodes se sont traduites par une diminution du temps d’apprentissage et une perturbation des habitudes d’apprentissage. Si de nombreux gouvernements africains ont mis en place des systèmes d’enseignement à distance pour garantir un accès continu à l’éducation pendant les fermetures d’écoles primaires et secondaires, ils ne se sont guère intéressés aux besoins des étudiants, qui suivent une formation professionnelle et d’autres formes d’enseignement supérieur. En Afrique subsaharienne, environ 89 millions de jeunes âgés de 12 à 24 ans ne sont pas scolarisés. Au cours de la prochaine décennie, on estime que 40 millions de jeunes supplémentaires abandonneront l’école et seront confrontés à un avenir incertain, sans travail, ni compétences de vie adéquates[7]. Faute de mettre en place de nouvelles politiques et approches novatrices en matière d’éducation et de formation, les inégalités se creuseront dans l’accès à la scolarité, à l’apprentissage et aux moyens de subsistance.

Une enquête de la CEA portant sur les réponses au Covid-19 dans l’ensemble du continent a souligné certains défis de développement et problèmes structurels persistants, notamment le mauvais état des infrastructures, l’approvisionnement peu fiable en énergie et son coût élevé ainsi que l’accès limité à l’eau et à l’assainissement[8]. L’enquête montre également que les pays sont aux prises avec le coût élevé des services Internet, à leur peu de fiabilité et à leur faible portée, ainsi qu’à la distorsion des modèles de commerce et d’industrialisation. Elle souligne en outre que les pays africains doivent s’industrialiser en vue de stimuler le commerce intra-africain. Ils doivent mettre à profit le potentiel de la quatrième révolution industrielle pour, notamment, innover, gérer et faciliter les processus de gouvernance. Le choc provoqué par la pandémie a entraîné des contraintes de liquidité dans un certain nombre de pays africains. Les gouvernements et les institutions du continent ont demandé un gel des remboursements de la dette afin que les fonds, qui auraient été utilisés pour le service de la dette, puissent être redirigés vers l’acquisition de fournitures médicales et d’équipements de protection individuelle. L’enquête a mis en évidence l’inefficacité des réponses apportées à la crise par certains pays en raison de la faiblesse des processus de gouvernance, des inégalités profondément enracinées et du manque de probité sociale.

Les pays africains sont confrontés à un certain nombre de difficultés dans la mise en œuvre de mesures visant à contenir la propagation du Covid-19, notamment l’incapacité à fournir des services ciblés aux plus pauvres et aux plus vulnérables en raison d’un manque de clarté concernant leur lieu de résidence. En outre, compte tenu de la qualité médiocre des services fournis dans les centres d’isolement approuvés par les pouvoirs publics, de nombreuses personnes présentant des symptômes de Covid-19 choisissent de ne pas se faire soigner dans ces centres, ce qui augmente le risque de propagation des infections dans les foyers. Parmi les autres défis à relever, on peut citer la mauvaise qualité des dispositifs et infrastructures de distribution, ainsi que l’accès peu fiable et l’approvisionnement limité en énergie et en eau. La situation est encore plus grave pour les personnes handicapées, dont les besoins ont souvent été oubliés dans les mesures de confinement liées au Covid-19, telles que la distanciation sociale (physique) et l’auto-isolement. Peu de mesures ont été prises pour préserver la santé, la sécurité, la dignité et l’indépendance des personnes handicapées pendant la pandémie.

Dans les cas où les gouvernements ont pu mobiliser des ressources financières, l’approvisionnement et la distribution des fournitures ont été perturbés par la corruption systémique, le manque de transparence, l’absence de sensibilisation efficace et le peu de fiabilité dans la distribution des biens et services de secours fournis par les gouvernements[9]. En outre, les perceptions de longue date concernant la corruption sur le continent et l’absence d’une gouvernance économique transparente ont pu limiter la volonté des donateurs d’apporter une aide financière aux pays africains dans leur réponse à la pandémie. L’importance du secteur informel, qui domine le marché de l’emploi dans la plupart des pays africains, a limité la portée de mesures de relance mieux adaptées aux canaux d’emploi formels. En outre, dans les établissements informels des zones urbaines, qui abritent jusqu’à 60 % de la population urbaine et dont les résidents ne sont pas enregistrés, les gouvernements ont éprouvé des difficultés à fournir des services de secours visant à atténuer les difficultés induites par le confinement[10].

Les envois de fonds sont, depuis longtemps, une forme essentielle de financement de la balance des paiements des pays africains, représentant la moitié de tous les flux de capitaux privés vers le continent. Les envois de fonds sont passés d’une moyenne de 38,4 milliards de dollars pendant la période 2005-2007 à 64,9 milliards de dollars en 2014-2016. Selon la Banque mondiale, les flux d’envois de fonds vers l’Afrique subsaharienne diminueront de 23,1 % et seront ramenés à 37 milliards de dollars en 2020 du fait de la crise économique induite par la pandémie de Covid-19[11]. Cette dernière a également rendu plus difficile pour les migrants de transférer de l’argent vers les pays d’Afrique subsaharienne puisque la plupart des paiements se font encore en espèces et que de nombreux opérateurs de transfert d’argent ont fermé boutique pendant la période de confinement. Le coût de l’envoi d’argent à des destinataires en Afrique subsaharienne reste le plus élevé au monde, même si la Banque mondiale a enregistré une baisse des frais d’envoi de 200 dollars, qui représentaient 8,9 % de ce montant au premier trimestre 2020, contre 9,25 % un an plus tôt. Il sera essentiel de tirer parti des systèmes de technologie financière et des cadres réglementaires pour promouvoir la concurrence et éliminer le blanchiment d’argent afin de soutenir la reprise de l’Afrique après la pandémie.

L’impact socio-économique du Covid-19 sur les pays africains a été considérable et se poursuit encore. On s’attend à des pertes d’emplois massives et à un manque à gagner pour les travailleurs indépendants. Les inégalités sous-jacentes dans l’accès aux ressources et aux technologies ont amplifié l’impact de la crise sur certains segments de la société, notamment pour les personnes vivant dans des établissements informels et celles qui occupent des emplois vulnérables. On estime que 29 millions de personnes de plus basculeront dans la pauvreté[12]. Les estimations du Pnud montrent que 86 % des enfants de l’enseignement primaire ne sont plus effectivement scolarisés dans les pays à faible niveau de développement humain, contre seulement 20 % dans les pays ayant un niveau de développement humain très élevé. La pandémie aura effacé les progrès réalisés au cours des six dernières années en termes de santé, d’éducation et de revenus en Afrique et dans le monde[13]. La promotion d’une plus grande équité en matière de capacité et d’accès aux ressources et aux technologies pendant la phase de reprise peut permettre d’atténuer les effets négatifs de la pandémie et de renforcer la résistance aux chocs futurs.


[1] Organisation mondiale de la santé (2020), Coronavirus Disease (Covid-19) Situation Report-144 [Rapport de situation 144 sur la maladie à coronavirus (Covid-19)]. Disponible en anglais à l’adresse : https://www.who.int/docs/default-source/coronaviruse/situation-reports/20200612-covid-19-sitrep-144.pdf?sfvrsn=66ff9f4f_2.

[2] Ibid. Allocution liminaire du directeur général de l’OMS lors ‎du point presse sur le Covid-19, 11 mars 2020. Disponible à l’adresse : https://www.who.int/fr/dg/speeches/detail/who-director-general-s-opening-remarks-at-the-media-briefing-on-covid-19---11-march-2020.

[3] Fonds monétaire international (2020), Perspectives de l’économie mondiale, avril 2020. Disponible à l’adresse : https://www.imf.org/fr/Publications/WEO/Issues/2020/04/14/weo-april-2020.

[4] Commission économique pour l’Afrique (2020), Le Covid-19 en Afrique : Sauver des vies et l’économie. Disponible à l’adresse : https://www.uneca.org/fr/publications/le-covid-19-en-afrique-sauver-des-....

[5] Banque africaine de développement (2020), African Economic Outlook 2020 Amid Covid-19 : Supplement.

[6] Commission économique pour l’Afrique (2020), Covid-19 : Stratégies de déconfinement pour l’Afrique. Disponible à l’adresse : https://www.uneca.org/sites/default/files/PublicationFiles/ecarprt_covid....

[7] Banque mondiale (2020), Les jeunes non scolarisés et déscolarisés en Afrique subsaharienne. Disponible à l’adresse : https://www.banquemondiale.org/fr/topic/education/publication/out-of-school-youth-in-sub-saharan-africa.

[8] Commission économique pour l’Afrique (2020), Covid-19 : stratégies de déconfinement pour l’Afrique.

[9] Voir, par exemple (en anglais) : https://www.theeastafrican.co.ke/news/ea/Ugandan-officials-arrested-for-inflating-relief-food-prices/4552908-5519676-qxf2y1/index.html ; (Des fonctionnaires ougandais arrêtés pour avoir gonflé les prix de produits d’aide alimentaire d’urgence) ; https://www.africanews.com/2020/04/29/uganda-president-criticises-mps-for-coronavirus-payment/ (Le président ougandais critique les parlementaires à cause d’un paiement lié au coronavirus).

[10] ONU-Habitat (2020), Covid-19 response and recovery strategy for sub-Saharan Africa (Stratégie de riposte et de reprise pour l’Afrique subsaharienne face au Covid-19). Disponible en anglais à l’adresse : https://unhabitat.org/sites/default/files/2020/04/un- habitat_covid19_response_recovery_strategy_for_africa_version_10_april_2020.pdf.

[11] Banque mondiale (2020), « Selon la Banque mondiale, les remises migratoires devraient connaître un repli sans précédent dans l’histoire récente », communiqué de presse disponible à l’adresse : https://www.banquemondiale.org/fr/news/press-release/2020/04/22/world-bank-predicts-sharpest-decline-of-remittances-in-recent-history, site consulté le 13 juin 2020.

[12] Nations unies (2020), Note de synthèse : Les incidences de la Covid-19 en Afrique, 20 mai 2020, disponible à l’adresse : https://www.un.org/sites/un2.un.org/files/les_incidences_de_la_covid-19_en_afrique.pdf.

[13] Programme des Nations unies pour le développement (2020), Covid-19 and Human Development: Assessing the Crisis, Envisioning the Recovery (Perspectives de développement humain Covid-19 : évaluer l’impact, envisager la reprise), disponible en anglais à l’adresse : http://hdr.undp.org/en/hdp-covid.